Débat : La violence dans les manifestations

          Vendredi 01 mars, dans une salle du CDI, des membres de la rédaction de Regards et quelques invités ont débattu pendant une grosse demi-heure de la question suivante :

«Que pensez-vous de l’usage de la violence dans les manifestations?»

          Bien entendu le débat s’est élargi du contexte actuel des gilets jaunes à la violence en général durant les mouvements de contestation, qu’elle soit provoquée intentionnellement ou issue de débordements, à l’initiative des manifestants ou des forces de l’ordre, qu’elle soit physique, verbale ou psychologique…

          Nous vous proposons un petit compte-rendu de ce débat, qui n’a pas manqué lui non plus d’agitation !

Les violences des forces de l’ordre

          Le débat s’est lancé avec la question de « qui provoque les affrontements durant les manifestations ? » et a très vite tourné autour de la question des répressions policières. Légitimes ? Justifiables ? Compréhensibles ? Pourquoi les policiers se mettent-ils à charger ?

          D’un côté il arrive parfois que les forces de l’ordre décident de charger pour vider une place, calmer un groupe de manifestants un peu trop agités, effectuer des arrestations un petit peu sommaires. Ce pourrait être un usage abusif de leur pouvoir. Des voix se sont élevées pour rappeler que si les policiers répriment c’est parce que la manifestation déborde de son cadre officiel. Une manifestation doit être organisée, avec une heure de début, une heure de fin, des encadrants, un trajet précis.

          C’est alors sur le rôle des forces de l’ordre que le débat se poursuit: les uns disent que le métier des CRS est de « maintenir » l’ordre, pas de réprimer tout débordement du cadre légal. Rappelant aussi les nombreux coups de matraque, les charges injustifiées contre des groupes de manifestants.

          Argument auquel il est opposé que les policiers aussi sont des humains. Les erreurs policières existent, elles ne sont pas justifiables mais elles sont compréhensibles car c’est une mission dangereuse et difficile psychologiquement que d’assurer le maintien de l’ordre lors d’une manifestation. De plus, de la même manière qu’il y a des manifestants violents et acharnés il existe forcément des mauvais policiers qui font mal leur travail : il ne faut pas généraliser les violences policières.

          Mais cette fois-ci d’autres contestent en disant que savoir garder son sang-froid fait partie du métier de policier et qu’ils sont formés pour ça. En tant que représentant de l’État, les policiers doivent contenir les débordements des manifestants au lieu de les réprimer et d’user eux aussi de la violence.

L’usage de la violence par les manifestants : un débordement ou une stratégie consciente ?

          Le débat s’est alors porté sur les causes des débordements lors de manifestations à première vue pacifiques. Il y aurait deux situations :

          Dans le premier cas, les manifestants sont venus dans l’optique d’une marche calme mais la situation déborde car les manifestants sont galvanisés par le nombre, au milieu d’un cortège venu pour montrer sa colère. C’est alors aux manifestants, individuellement, de prendre conscience de la situation, de s’écarter des zones d’affrontement pour séparer les manifestants violents des manifestants pacifiques, facilitant par la même occasion les interventions policières et évitant les débordements de violence.

          Le deuxième cas serait qu’il y a effectivement des individus, ou groupes d’individus qui intègrent les cortèges pour créer de la violence, dans le but de rendre la manifestation plus visible, de montrer avec plus d’importance la colère et les revendications. Ce sont les fameux « casseurs ». Les autres participants étant alors, selon les cas soit complices, soit victimes de ces individus. Dans ce cas aussi, ce serait aux manifestants de se séparer physiquement des casseurs. Mais le veulent-ils ? Car après tout, si ces individus, malgré l’usage de la violence, permettent de rendre le mouvement plus visible pourquoi se passer de cette arme de communication ?

L’usage de la violence pour contester : une stratégie payante ?

          Sans doute était-ce le point le plus chaud du débat, les intervenants ont pendant quelques minutes transformé cette salle du CDI en champ de bataille. Des exemples ont fusé pour savoir si la violence avait servi différents mouvements de contestation. Les uns utilisant la Révolution Française pour montrer que les grandes avancées sociales et que les mouvements qui ont marqué l’histoire ont été violents, et que c’est pour ça qu’ils ont été couronnés de succès. Alors que les petites marches sont vite oubliées et restent inutiles. Les autres avançant Gandhi en Inde et le mouvement des Droits Civiques aux USA pour prouver que certains mouvements pacifiques ont marqué l’histoire, ont obtenu de brillants résultats et disposent aujourd’hui d’une forte légitimité de part leur nature pacifique justement.

          Il est difficile de théoriser sur l’intérêt de la violence dans la contestation car tous ces exemples ne sont que des cas particuliers. Il faut attendre de voir, pour les gilets jaunes, si c’est l’ampleur et la violence du mouvement qui en a fait une telle force, ou si justement la violence a fini par décrédibiliser les gilets jaunes et peut-être en causera leur fin. Des solutions pour empêcher la violence ?

          Il est impossible d’empêcher des individus de se glisser dans une manifestation et de faire de la casse. Les forces de l’ordre ne peuvent que essayer de détecter les potentiels casseurs et de les stopper à temps (c’est l’objectif de la très débattue « loi anti-casseurs ») mais cela ne doit pas se faire au dépend de la liberté de protester, de manifester des autres.

         Une solution proposée pendant le débat a été de responsabiliser les auteurs d’actes violents en les faisant payer les réparations liées à leurs actes, mais encore faut-il trouver ces auteurs… Il faudrait aussi éduquer la population, lui faire comprendre que l’usage de la violence ne sert pas forcément leurs intérêts quand ils protestent et que c’est aux frais de la collectivité, mais ne serait-ce pas un piège de vouloir annihiler toute forme de protestation violente, de faire entrer dans la tête des enfants qu’ils doivent juste obéir et ne jamais se rebeller car la violence c’est mal ?

          Alors : l’usage de la violence condamné en règle générale, mais avec des exceptions ? Pourquoi pas, mais où placer la limite ? Et qui serait légitime pour en décider ? Voilà qui appelle à de nombreux autres débats…

3 Comments

  1. Vous êtes vous déjà rendus à une manifestation ces derniers temps ? Avez-vous suivi les informations ?
    Les violences policières ne sont pas le fait de quelques policiers qui perdent leur sang froid, elles sont systémiques : tous les manifestants isolés se font canarder à coups de lbd40 par les cowboys de la BAC et autres DAR, la plupart étant pacifiques, les streetmedics (parce qu’en France la violence policière est telle que des personnes viennent dans les manifestations uniquement pour soigner les blessés par la police) se font viser, les journalistes indépendants aussi, des manifestants handicapés, des retraités se font gazer, les gardes à vue se multiplient sans raison valable pour baisser le nombre de participants.
    Et aucun policier n’est poursuivi malgré Zineb Redouane tuée dans son appartement par une grenade quand elle fermait sa fenêtre, malgré les centaines d’éborgné-e-s.
    Il faut s’informer au-delà de ce que les médias nationaux qui, contrairement à ce que dit un autre de vos articles dans le dernier numéro, ne font scandaleusement pas leur travail et sont co-responsables du fait que ces exactions durent (puisqu’ils ont mis 2 mois à commencer à en parler).

    • Cet article est le résultat d’un débat mené par des lycéens, il a pour seul but de faire un compte rendu des questions qui ont été abordées.
      En tant que journal lycéen, nous avons voulu montrer les différentes opinions exprimées ce jour là sur ce sujet.

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